Rendezvous with Carlos Castaneda. A meeting no one thought possible

  

Rendezvous with Carlos Castaneda

Présentation du livre — version française

Une rencontre que personne ne croyait possible

Au cours des vingt-cinq dernières années de sa vie, Carlos Castaneda n’a pratiquement parlé à personne. L’auteur de L’Herbe du Diable et la Petite Fumée, Voir, Le Feu du dedans, l’anthropologue qui avait introduit l’Occident aux enseignements du sorcier yaqui Don Juan Matus, refusait toute interview, toute photographie, toute approche. Aucun journal, aucun magazine, aucune chaîne de télévision n’avait pu obtenir de lui un véritable entretien depuis le début des années soixante-dix. Son éditeur new-yorkais, Michael Korda, opposait à chaque demande un refus net. Castaneda était devenu, par son propre choix, l’homme invisible des lettres américaines.

En septembre 1985, sans rendez-vous, sans introduction, sans mandat éditorial, une journaliste française est partie le chercher. Elle avait passé six mois à se préparer pour cette seule mission : lui remettre, en main propre, un message qu’une femme de Paris lui avait confié. Elle ne savait pas où Castaneda se trouvait. Elle savait qu’il refuserait. Elle est partie quand même.

Trois jours après son arrivée à New York, le 19 septembre 1985, à la minute précise où l’éditeur Michael Korda lui opposait un refus définitif au téléphone, le grand séisme de Mexico ébranlait la capitale mexicaine. Quelques jours plus tard, en Californie, après que toutes les pistes officielles se furent fermées, après que son téléphone fut tombé en panne, après qu’un camion peint des mots TROC et MÉTRO lui eut barré la route, Carlos Castaneda lui-même est venu la rencontrer dans le petit salon d’une amie, à Rowland Heights. Il est resté trois heures. Margarita Nieto, sa collaboratrice mexicaine, était présente. Il a pris le message qu’elle avait apporté de Paris.

Le lendemain, il avait de nouveau disparu.

Quarante ans plus tard, Véronique Skawinska a mis ce récit par écrit. Rendezvous with Carlos Castaneda est l’histoire détaillée, datée et documentée de cette unique rencontre.

Le message — et celle qui l’avait écrit

Pour comprendre cette rencontre, il faut remonter au printemps 1985. Véronique Skawinska — journaliste à Paris-Match, puis auteure indépendante connue pour avoir fait maigrir Demis Roussos avec son livre Question de poids — vient d’être condamnée par la médecine hospitalière. Une maladie rare du sang lui laisse, lui dit-on, peu de temps. Elle a quarante ans. Son homéopathe, en désespoir de cause, lui conseille de consulter un kabbaliste.

De recommandation en hasard, elle finit par sonner à la porte d’une libraire de Montmartre, qui la met en contact avec une femme à laquelle elle n’a jamais entendu personne faire allusion : Aimel Helle. Au cours d’une seule conversation de quarante heures, sans dormir, sans manger, cette femme bouleverse l’ensemble de ce qu’elle croyait savoir d’elle-même, de sa maladie, de son nom polonais, de la mort par hémorragie de son père quand elle avait deux ans. Aimel Helle ne lit pas l’avenir. Elle décode les coïncidences. Pour elle, le réel est une langue : les noms propres portent un sens, les chiffres signalent, les rencontres répondent à un protocole. Elle appelle ce protocole « la Connaissance ».

Aimel Helle n’est pas un personnage de roman. C’est un nom de plume. Les lecteurs attentifs de Castaneda reconnaîtront en elle la Catalina que Don Juan, dans ses dernières années, avait pressentie comme l’héritière. Don Juan en avait donné une description précise à son disciple lors d’une vision provoquée dans un état de conscience accrue : une grande femme, vêtue de vert, qui se lèverait d’un canapé pour recevoir Castaneda. Le 26 septembre 1985, à Rowland Heights, Castaneda est entré dans une pièce où une femme vêtue de vert s’est levée d’un canapé pour le recevoir. Cette femme n’était pas Aimel Helle. C’était la messagère qu’elle avait envoyée.

Aimel Helle prétendait détenir ce que Don Juan appelait la carte de l’inconnu — la grille structurale dont le sorcier yaqui avait reconnu l’existence sans pouvoir la formuler. Selon elle, Don Juan avait magnifiquement accompli la première moitié d’un cycle, qu’elle appelait le Passe : la moitié obscure, symbolique, vécue. Mais la seconde moitié, le Repasse — la formulation rationnelle, explicable, transmissible — devait avoir lieu ailleurs, plus tard, par une autre. Cette autre, elle savait que c’était elle. Et pour que le cycle se referme, il fallait que Castaneda en soit averti.

C’est ce message — la formulation rationnelle de la carte de l’inconnu — que Véronique Skawinska est partie remettre à Castaneda. Cinquante pages traduites en anglais, qu’elle avait fait préparer à grands frais par une traductrice américaine de Paris. Elle ne savait pas, alors, qu’elle était elle-même un élément du dispositif. Aimel Helle l’appellerait plus tard le tenon : la pièce d’articulation, le joint structurel par lequel la première moitié du cycle se rejoint à la seconde.

Ce que ce livre n’est pas

Pour les lecteurs venus de la communauté castanédienne — celle qui a lu, relu, médité les douze livres, suivi les ateliers de Tensegrity, débattu des « passes magiques », des « êtres inorganiques », du point d’assemblage — il importe de dire d’emblée ce que ce livre n’est pas.

Il n’est pas une continuation de l’enseignement de Don Juan. Aucune lignée n’est revendiquée. Aucun atelier n’est proposé. Aucun groupe n’est ouvert. Aimel Helle n’a jamais prétendu être disciple de Castaneda, ni de Don Juan. Elle disait, simplement, qu’elle possédait par d’autres voies — européennes, kabbalistiques, scientifiques — le système que Don Juan reconnaissait à demi-mots dans ses propres enseignements.

Il n’est pas non plus un récit de défection à la manière de Sustained Action ou des proches anciens du cercle Castaneda. Véronique Skawinska n’a pas été disciple de Castaneda. Elle ne le critique pas. Elle l’a rencontré une fois, en septembre 1985, et son récit rend hommage à l’intégrité, au courage et à la lucidité avec lesquels elle l’a vu se débattre avec un système qu’il maîtrisait à demi.

Ce livre apporte trois choses, et trois seulement : le récit daté et documenté d’une rencontre privée ; les paroles de Castaneda lors de cette rencontre, retranscrites d’après les notes contemporaines de l’auteure ; et la trace de ce qu’il fit du manuscrit qu’elle lui remit. Le reste — la décision de chercher qui est Aimel Helle, la décision de lire son œuvre, la décision de juger si la carte qu’elle propose tient ou non — appartient au lecteur.

Pour vous, lecteurs et amis de Castaneda

Si vous avez tenu entre vos mains L’Herbe du Diable, si vous avez relu Voir pour comprendre ce qu’est un point d’assemblage, si vous vous êtes demandé un jour ce que devenait Carlos Castaneda dans les années qui ont suivi la disparition de Don Juan dans le feu du dedans, ce livre vous concerne.

Vous y rencontrerez un Castaneda que vous n’avez jamais lu. Un homme de soixante ans à peine, dense, vif, drôle, conscient qu’il vient d’échouer en partie : un de ses guerriers est mort comme un chien, il vient de sortir de l’hôpital, Florinda a disparu. Vous l’entendrez dire, à voix basse, qu’il a peur. Peur de ne pas savoir mener à bien la mission que Don Juan lui a laissée. Peur que sa propre compréhension du système de Don Juan soit insuffisante. Peur surtout, et c’est ce qu’il avoue lui-même, de ne pas posséder ce qu’il appelle la carte.

Quand Véronique lui dit, après deux heures de conversation, « la carte de l’inconnu, Aimel Helle la détient », il bondit de son fauteuil. Si quelqu’un avait cette carte, dit-il, j’irais la chercher au bout du monde. Elle pose la main sur le manuscrit posé sur la table basse. Castaneda l’embrasse, prend le texte, promet de le lire avant le samedi suivant et de venir en Espagne en octobre.

Il a tenu sa promesse de lire. Il n’est pas venu en Espagne. Le lendemain, il avait quitté Los Angeles.

Le livre raconte tout. La quête en aveugle dans une ville inconnue. Les pistes mortes, les coïncidences, les signes lus en temps réel. Les jeux de mots qui guidaient — Korda, d’accord ; Nieto, n’y est tôt, y est donc tard. Le séisme de Mexico à la minute du refus. La ligne téléphonique morte au moment précis du Stop cyclique. La carte de l’inconnu offerte en cadeau à l’homme qui en avait besoin. Et la fuite, le lendemain matin, exactement comme Don Juan l’avait prévue.

Pour ceux qui ont aimé Castaneda d’un amour de jeunesse et qui sont devenus, depuis, autre chose — sceptiques, fidèles, ironiques, méfiants, ou simplement curieux —, ce livre offre une fenêtre que personne d’autre n’a ouverte. Il ne vous demande pas d’y croire. Il vous demande de le lire.

Et si, en le lisant, vous voulez chercher qui se cache derrière le nom d’Aimel Helle — la femme de Paris qui prétendait détenir la carte —, vous trouverez. Ce blog en donne les indices. Le livre, lui, garde le pseudonyme.

Bonne lecture.

----------------

 

 

Rendezvous with Carlos Castaneda

Presentation of the book — English version

A meeting no one thought possible

 For the last twenty-five years of his life, Carlos Castaneda spoke to almost no one. The author of The Teachings of Don Juan, A Separate Reality, The Fire from Within, the anthropologist who had introduced the West to the teachings of the Yaqui sorcerer Don Juan Matus, refused every interview, every photograph, every approach. No newspaper, no magazine, no television channel had obtained a true interview from him since the early seventies. His New York publisher, Michael Korda, met every request with a flat refusal. Castaneda had become, by his own choice, the invisible man of American letters.

In September 1985, without an appointment, without an introduction, without an editorial mandate, a French journalist set out to find him. She had spent six months preparing for this single mission: to deliver into his hands a message a Parisian woman had entrusted to her. She did not know where Castaneda was. She knew he would refuse. She went anyway.

Three days after her arrival in New York, on September 19, 1985, at the very minute Michael Korda was telling her over the phone that no contact would be granted, the great Mexico City earthquake shook the Mexican capital. A few days later, in California, after every official lead had closed, after her telephone line had died, after a truck stencilled with the words TROC and MÉTRO had blocked her path, Carlos Castaneda himself came to meet her in the small living room of a friend, in Rowland Heights. He stayed for three hours. Margarita Nieto, his Mexican collaborator, was present. He took the message she had brought from Paris.

By the next morning, he had vanished again.

Forty years later, Véronique Skawinska has put that account into writing. Rendezvous with Carlos Castaneda is the detailed, dated, documented story of that single encounter.

The message — and the woman who wrote it

To understand that meeting, one has to go back to the spring of 1985. Véronique Skawinska — a Paris-Match journalist, then an independent author known for having helped the singer Demis Roussos lose sixty kilos with her book Question de poids — has just been written off by hospital medicine. A rare blood disorder leaves her, she is told, little time. She is forty. Her homeopath, at the end of his options, advises her to consult a kabbalist.

From one chance recommendation to the next, she ends up ringing the door of a Montmartre bookseller who puts her in touch with a woman she has never heard anyone mention: Aimel Helle. Over a single forty-hour conversation, without sleep, without food, this woman overturns everything Véronique thought she knew about herself, her illness, her Polish name, the death by haemorrhage of her father when she was two. Aimel Helle does not read the future. She decodes coincidences. For her, the real is a language: proper names carry meaning, numbers signal, encounters answer to a protocol. She calls that protocol “the Knowledge.”

Aimel Helle is not a character of fiction. It is a pen name. Attentive readers of Castaneda will recognise in her the Catalina whom Don Juan, in his last years, foresaw as the heir. Don Juan gave a precise description of her to his disciple in a vision he forced upon him in a state of heightened awareness: a tall woman in a green outfit, who would rise from a sofa to receive Castaneda. On September 26, 1985, in Rowland Heights, Castaneda walked into a room where a woman in a green outfit rose from a sofa to receive him. That woman was not Aimel Helle. She was the messenger Aimel Helle had sent.

Aimel Helle claimed to hold what Don Juan called the map of the unknown — the structural grid whose existence the Yaqui sorcerer had recognised without being able to formulate it. According to her, Don Juan had magnificently completed the first half of a cycle, which she called the Passe: the obscure, symbolic, lived half. But the second half, the Repasse — the rational, explicable, transmissible formulation — was to take place elsewhere, later, through another. That other, she knew, was herself. And for the cycle to close, Castaneda had to be told.

This message — the rational formulation of the map of the unknown — is what Véronique Skawinska set out to deliver to Castaneda. Fifty pages translated into English at great expense by an American translator in Paris. She did not know, then, that she was herself part of the device. Aimel Helle would later call her the tenon: the joint, the structural piece by which the first half of the cycle is rejoined to the second.

What this book is not

For readers coming from the Castaneda community — those who have read, re-read and meditated on the twelve books, attended the Tensegrity workshops, debated the magical passes, the inorganic beings, the assemblage point — it matters to say at once what this book is not.

It is not a continuation of Don Juan’s teaching. No lineage is claimed. No workshop is offered. No group is open. Aimel Helle never claimed to be Castaneda’s disciple, nor Don Juan’s. She said, simply, that she possessed by other means — European, kabbalistic, scientific — the system Don Juan acknowledged at half-words in his own teachings.

Nor is it a defection memoir of the kind Sustained Action or other former insiders have produced. Véronique Skawinska was never Castaneda’s disciple. She does not criticise him. She met him once, in September 1985, and her account does justice to the integrity, the courage and the lucidity with which she saw him struggle with a system he half-mastered.

This book brings three things, and three only: the dated, documented account of a private meeting; Castaneda’s own words during that meeting, transcribed from the author’s contemporaneous notes; and the trace of what he did with the manuscript she delivered to him. The rest — the decision to seek out who Aimel Helle is, the decision to read her work, the decision to judge whether the map she offers holds or not — belongs to the reader.

For you, Castaneda’s readers and friends

If you have held The Teachings of Don Juan in your hands, if you have re-read A Separate Reality to understand what an assemblage point is, if you have ever wondered what became of Carlos Castaneda in the years that followed Don Juan’s disappearance in the fire from within, this book is for you.

You will meet in it a Castaneda you have never read. A man not yet sixty, dense, sharp, witty, conscious of having partly failed: one of his warriors has died like a dog, he has just come out of hospital, Florinda has gone. You will hear him say, in a low voice, that he is afraid. Afraid of not being able to carry out the mission Don Juan left him. Afraid that his own understanding of Don Juan’s system is insufficient. Afraid above all — and this is what he confesses himself — that he does not possess what he calls the map.

When Véronique tells him, after two hours of conversation, “Aimel Helle holds the map of the unknown,” he leaps from his armchair. If someone had that map, he says, I would go to the end of the world to find it. She places her hand on the manuscript lying on the coffee table. Castaneda embraces her, takes the text, promises to read it by the following Saturday and to come to Spain in October.

He kept his promise to read. He did not come to Spain. By the next morning, he had left Los Angeles.

The book tells everything. The blind search through an unknown city. The dead leads, the coincidences, the signs read in real time. The wordplays that guided — Korda, d’accord; Nieto, n’y est tôt, y est donc tard. The Mexico earthquake at the minute of the refusal. The telephone line dead at the precise moment of the cyclic Stop. The map of the unknown given as a gift to the man who most needed it. And the flight, the next morning, exactly as Don Juan had foreseen.

For those who loved Castaneda with a young person’s love, and have since become something else — sceptics, faithful, ironic, mistrustful, or simply curious — this book opens a window no one else has opened. It does not ask you to believe. It asks you to read.

And if, as you read, you want to seek out who hides behind the name Aimel Helle — the woman from Paris who claimed to hold the map — you will find her. This blog gives the clues. The book itself keeps the pen name.

Good reading.

   

Posts les plus consultés de ce blog

La mission de Carlos Castaneda. Ou le secret de la Catalina. Aimel Helle…

A tribute to Carlos Castaneda and Don Juan Matus

Le Secret des secrets. Mise au clair sur l'enseignement de Carlos Castaneda. Par Dominique Aubier